Fabrique de Santa Rosa

La mémoire vivante de l'émigration

Orienté vers le Mexique et l'étude du mouvement migratoire, le musée a crée en 1995 un centre de documentation consacré aux archives de l'émigration Ubayenne en réseau avec la Benemerita Universidad Autonoma de Puebla (BUAP) et l'association Raices Francesas en Mexico (Racines françaises au Mexique).

Le musée de la Vallée recueille, recense photographies, documents manuscrits, lettres, correspondances commerciales, albums, objets, vêtements.... Il accueille et renseigne tous les descendants des émigrants à la recherche de leurs racines.

Depuis mai 2004, le musée de la Vallée à Barcelonnette est jumelé avec le museo comunitario de Ciudad Mendosa installé dans la fabrique textile séculaire toujours en activité, fondée en 1896 par Alexandre Reynaud (vallée d'Orizaba, État de Veracruz).

Mexico-Francia : présence, influence, sensibilité est le nom d’un réseau de recherche et d'enseignement fondé au printemps 1997. Il est consacré à l'étude de l'impact et du sens historique de la présence française au Mexique, dans la perspective de la mondialisation. Des chercheurs et des étudiants de diverses institutions, au Mexique, en France et aux États-Unis, y participent. Il dispose d'un séminaire, organise des conférences, publié des livres et collabore avec des centres de recherche, des associations et des musées.

Atlixco ©Charlotte Lions-Plisson
©Jacqueline Colde
Chapeaux Tardans
Fonds Patrick Caire
Derrière le comptoir...

De la Nouvelle-Orléans à Mexico

Les premiers migrants de l'Ubaye accostent à la Nouvelle-Orléans et sont colporteurs le long du Mississippi, dits "marchands paquets" ou "marchands charrettes". À partir des années 1840, la Louisiane, au souvenir français, devient peu à peu une terre d'émigration définitive pour nombre d'entre-eux, originaires pour la plupart de Jausiers d'où sont natifs les trois frères Arnaud, initiateurs du mouvement migratoire valéian aux Amériques. Les Barcelonnettes (nom générique donné aux migrants originaires de la Vallée) ouvrent des magasins de "marchandises sèches", avant d'acheter de grandes plantations de canne à sucre et devenir d'influents commerçants-planteurs.

Mais la grande majorité des Barcelonnettes feront seulement étape en Louisiane, et  s'installeront, par centaines, sur le sol mexicain, dans les pas de Dominique Arnaud, qui, le premier, en 1827, ouvrit un commerce de tissus et vêtements (Las Siete Puertas) dans la capitale de la jeune république, libérée du joug espagnol. Après une période d'installation (1840-1880), les Barcelonnettes s'imposent comme les nouveaux notables industriels du Porfiriato (1877-1911) qui vit à l'heure de l'afrancesamiento ou cosmopolitisme, et prennent leur part dans le processus de modernisation du pays, impliqués dans le négoce, l'industrie textile, la banque, les mines, etc.  Quelques migrants uabyens, isolés, poursuivront leur route à destination de l'Argentine, du Chili et du Guatemala, -trois autres républiques d'Amérique latine qui attirent les émigrants européens, et deviendront « paysans entrepreneurs »; cultivateurs de café et de vanille ou éleveurs de bovins et ovins.

Un patrimoine architectural monumental 

Au Mexique. Les notables industriels qui ont  réussi sur le sol mexicain se trouvent, à partir des années 1890, à la tête d'un patrimoine monumental, à la fois industriel et commercial. Les fabriques textiles de Rio Blanco (1892) et Santa Rosa (1896) implantées dans la vallée d'Orizaba (État de Veracruz) comptent alors parmi les plus importantes de l'Amérique latine. Au cœur des villes, à Mexico, à Puebla, à Guadalajara, etc., les grands magasins bâtis sur le modèle français par les « émigrants-bâtisseurs » de l'Ubaye font aussi appel à des architectes et artistes-décorateurs français. Deux enseignes, plus que centenaires, perdurent, et incarnent toujours la modernité dans le paysage urbain mexicain : Palacio de Hierro, qui a fêté, en octobre 2013, ses 125 ans, et Liverpool, omniprésent sur le territoire mexicain depuis 1847, qui a inauguré son centième centre commercial !

En Ubaye. Dans la Vallée, des villas-châteaux construites de retour du Mexique, et confiées à des architectes de Grenoble, Lyon, Marseille, Paris, privilégient un effet de silhouette fantaisiste et pittoresque, inédit dans la Vallée, modifiant profondément l'urbanisme et le paysage alpin. À Jausiers, l'architecte suisse italien Bernardino Ramelli (Lugano) signe les plans d'un château de style néo-gothique (Château des Magnans) qui rappelle les folies de  Louis II de Bavière. À Barcelonnette, la villa Bleue (1929) est l'œuvre du brillant duo composé de l'architecte basque Joseph Hiriart et du maître-verrier nancéen, Jacques Gruber.
Un geste architectural qui se prolonge dans le traitement emphatique de la dernière demeure, confié au savoir faire des marbriers et sculpteurs, pour l'essentiel italiens. Le choix des marbres et pierres extraits localement (Serennes) et à proximité (La Chapelue), ou encore importés d'Italie (Carrare), transforme tous les cimetières de la Vallée, sans exception, en de véritables musées lapidaires à ciel ouvert (Pierre Dallaire).

Sur la Côte d’Azur. Les Barcelonnettes de retour du Mexique lotissent et investissent dans l'hôtellerie de luxe. Ils feront de l'Hôtel Carlton, agrandi en 1913, le fleuron des hôtels-palais de la Riviera. Une rue de "Barcelonnette" sera inaugurée au Cannet (Alpes Maritimes) en hommage aux fondateurs de la société civile immobilière des Bas-Alpins de Cannes (1912), tous originaires de la Vallée de Barcelonnette.