

Rez de chaussée

Salon Paul Reynaud
En 1878, Alexandre Reynaud, originaire de Saint-Paul sur Ubaye, décide de construire à Barcelonnette, Sous-Préfecture, une maison entourée d’un vaste parc. Édifiée à l’est de la ville médiévale par le fondateur à Mexico du magasin Las Fabricas Universales, la maison baptisée "La Sapinière", connaît une histoire mouvementée.
Paul Reynaud, fils d'Alexandre, venait passer ses vacances dans cette maison. En 1982, sa fille, Colette Dernis, fait don au musée du mobilier du salon-fumoir de la Sapinière (bureau, bibliothèque, garniture de cheminée, fauteuils)
Salle des gens de la Vallée
Ubaye, ce nom évoque une vallée, la plus alpine des Alpes de Haute Provence, la Valeia comme l’appelle ses habitants. D’une longueur de 80 Km et comportant 16 communes, elle s’étire d’est en ouest entre la frontière Italienne (col du Longet) et la Durance qu’elle rejoint au Lac de Serre-Ponçon. Elle comptait 18 000 habitants au 18e siècle mais 200 ans et un exode important ont suffit à faire baisser la population à 7500 habitants.
La vie et le travail des habitants de la Vallée de l’Ubaye sont organisés autour du rythme des saisons. Avec un printemps et un automne quasi inexistants, l’hiver très long et rigoureux cède rapidement la place à un été chaud. Jusqu’au milieu du 20e siècle, l’économie de la Vallée est en grande partie tournée vers l’agriculture et l’élevage du mouton.
Premier étage

Les barcelonnettes au Mexique
Ouverte depuis toujours au commerce et aux échanges, l’économie de la Vallée a longtemps reposé sur l’activité textile associant manufactures de laine et filatures de soie. Les habitants de l’Ubaye, formés très tôt à “l’art d’être marchand”, quittaient la Vallée pour aller vendre leur production de draps et de soieries en Provence, en Dauphine, en Piémont.
Au milieu du XIXe siècle, l’émigration définitive remplace l’émigration saisonnière et conduit les entrepreneurs de la Vallée jusqu’en Amérique, d’abord en Louisiane au souvenir français, puis au Mexique où Jacques Arnaud (1781-1828) installe vers 1818-1820 un magasin de tissus associé à ses frères Dominique et Marc-Antoine, ouvrant ainsi la voie aux "soyeux du Mexique". (Paul Reynaud)
La salle rose : "1000 petits chefs-d'oeuvre du Mexique"
Les acteurs de l’émigration ont été les premiers à “collectionner” les objets de l’autre culture, qu’il s’agisse de la statuaire aztèque, de l’art populaire, de l’art colonial ou encore de l’art moderne Mexicain.
Émile Chabrand (1843-1893) sera le premier d’entre eux, suivi par Gustave Bellon (1877- 1960), le collectionneur franco-belge, Auguste Génin (1862-1931), étroitement lié à la communauté des entrepreneurs ubayens au Mexique, et qui sera l’un des grands donateurs du musée de l’Homme à Paris (aujourd’hui musée du Quai Branly).
Salle des villas
Étalée sur un demi-siècle (1870-1930), la construction des villas de Barcelonnette et Jausiers regroupe une cinquantaine d’édifices qui ont favorisé la création d’un nouvel urbanisme proche de celui des villes d’eaux contemporaines où, de la même façon les parcs et jardins l’emportent sur le bâti. Les commanditaires sont tous des enfants du pays, de retour après de longues années d’émigration, implantés dans l’industrie textile et le négoce.
Cabinet de bain
En 1910, le nouveau propriétaire de la Sapinière, Antoine Signoret, fait ajouter un nouveau cabinet de bains revêtu d’un décor de faïence exécuté par les faïenceries de Sarreguemines, associe des gerbes d’iris et une frise de glycines selon une composition souvent reproduite, familière du décor thermal contemporain.
Émile Chabrand, voyageur naturaliste
Négociant, préparateur naturaliste, collectionneur, voyageur, auteur, inventeur, photographe, de toutes ces identités, Émile Chabrand n’en revendique qu’une, celle de «préparateur naturaliste». Fils d’un douanier de Larche embarqué comme mousse à l’âge de 13 ans pour Buenos Aires, plus tard installé au Mexique comme négociant, d’où il revient fortune faite en 1881, Émile Chabrand est un personnage éclectique, imprévisible et secret. De l’émigrant implanté au Mexique pendant 18 ans (1863-1881), à Mexico puis à Cuernavaca où il s’installe pour des raisons de santé, on ignore presque tout. On ne connaîtra ni le nom de l’enseigne du magasin pour lequel il travaille, ni le nom de ses associés. Celui que l’on appelle «don Emilio» et qui se sent chez lui au Mexique se considère comme un «vieux Mexicain», reste très discret sur son propre itinéraire, préférant évoquer dans son récit de voyage, publié en 1892 et
couronné par le prix Montyon de l’Académie française, «un de ces départs vers 1847 ou 1850, quand les chances étaient plus hasardeuses, quand les difficultés de communications faisaient le voyage plus pénible et aussi plus pittoresque».
Deuxième étage

Salle rouge : "Jean Caire et Marie Tonoir, une communauté de vie et de peinture"
Jean Caire et Marie Tonoir appartiennent à cette communauté d’artistes peintres de la IIIe République, associant hommes et femmes parmi lesquels figurent de nombreux couples d’artistes : Virginie Breton et Adrien Demont, Pauline Croisette et Carolus-Duran, Victoria Dubourg et Henri Fantin-Latour, Joséphine Fesser et Johan Barthold Jongkind…
Issus de la province française - monde des soyeux pour Marie Tonoir (Lyon) - monde du commerce pour Jean Caire (Les Davis - Jausiers), tous deux ont partagé les mêmes années d’apprentissage, à Lyon, puis à Paris.
Jean Caire (1855 - 1935) choisit de faire connaître son Ubaye natale, traitant principalement du paysage. Son approche est
essentiellement topographique et se nourrit de la connaissance familière des lieux. Curieusement, Jean Caire évacue toute représentation humaine de la vie paysanne.
À l’inverse, Marie Caire-Tonoir (1860 - 1934) s’intéresse exclusivement à la représentation de la figure humaine, s’essayant tour à tour au nu, au portrait, et à la scène de genre. L’artiste lyonnaise découvre en Ubaye les champs peuplés de “jolis paysans” et adopte une écriture naturaliste.