Barcelonnette - Quartier Est

Villas en Ubaye, retour du Mexique

Les villas de Barcelonnette et de jausiers

Étalée sur un demi-siècle (1870-1930), la construction des villas de Barcelonnette et Jausiers regroupe une cinquantaine d’édifices qui ont favorisé un nouvel urbanisme proche de celui des villes d’eaux contemporaines où, de la même façon les parcs et jardins l’emportent sur le bâti. Les commanditaires sont tous des enfants du pays, de retour après de longues années d’émigration, implantés dans l’industrie textile et le négoce.

La première génération de villas (1870-1890) se distingue par de simples proportions et une parfaite symétrie qui rappelle celle des grandes demeures bourgeoises classiques du centre historique de Barcelonnette. Durant les riches années 1890-1910, les villas deviennent ambitieuses, les modèles se multiplient, les façades s’ornent et les toitures se compliquent. Les architectes dessinent d’imposantes “villas-chateaux” et puisent dans toutes les ressources de l’éclectisme fin de siècle. L’entre-deux guerres marque le déclin des constructions. Les villas moins nombreuses sont aussi plus modestes à l’exception de la villa Bleue édifiée en 1931.

On recherchera en vain toute référence stylistique à l’architecture néo-coloniale comme à l’architecture mexicaine. L’unique référence réside dans l’appellation de quelques villas : villa Morelia, villa Puebla, La Tapatia, La Campecina, San Carlos, villa Anita. On ne peut évoquer l’édification de ces villas, sans mentionner celle des tombes monumentales construites dans ces mêmes années, parfois en même temps que la villa. Tous les cimetières de la Vallée sans exception, témoignent de la richesse du patrimoine funéraire ubayen, associant le savoir-faire des tailleurs de pierre et marbriers Piémontais et la diversité des pierres et marbres sculptés.

La Sapinière - Façade Sud

La Sapinière

Histoire d'une maison …

En 1878, Alexandre Reynaud, décide de construire à Barcelonnette, une maison entourée d’un vaste parc. Édifiée par le fondateur à Mexico du magasin Las Fabricas Universales, la maison baptisée, La Sapinière, est à peine achevée quand, en 1883, Alexandre Reynaud la remanie profondément pour prendre modèle sur La Roseraie, construite à proximité. “Il a enlevé les mansardes, par conséquent la toiture, relevé les murailles d’un étage et formé son toit sur quatre pentes conformes aux nôtres ; seulement il est moins élévé et au lieu de châssis, il a préféré l’oeil de boeuf”. (lettre de L.F. Tron 1883).

En 1892, la «bâtisse» est vendue à un compatriote pour financer au Mexique, la construction de la filature de Santa Rosa, (État de Veracruz). Son nouveau propriétaire, Antoine Signoret entreprend de la remettre au goût du jour. Le rhabillage projeté par l’architecte Francis Girard, porte essentiellement sur l’enveloppe. Les facades nord et sud reçoivent un important décor de modénature. La façade sud est agrémentée d’une véranda métallique ouvrant sur le parc par un escalier en fer à cheval exécuté dans la pierre de taille grise de la Chapelue extraite dans le Queyras voisin. À l’intérieur, la création d’un nouveau cabinet de bains revêtu d’un décor de faïence exécuté par les faïenceries de Sarreguemines, associe des gerbes d’iris et une frise de glycines selon une composition souvent reproduite, familière du décor thermal contemporain.

Porche de la Sapinière
Escalier en noyer - La Sapinière
Vitrail Art Nouveau - la Sapinière
Cabinet de Bain - La Sapinière
Véranda et parc - la Sapinière

… De la villa au musée

Après avoir connu plusieurs propriétaires (familles Signoret, Gilly, Signoret), Antoine Signoret neveu d’Antoine Signoret acquéreur en 1892, devient seul propriétaire de la villa et de son parc et décide de léguer son bien à la ville de Barcelonnette en 1978. La villa qui abrite différents services devient en 1988, le nouveau musée de Barcelonnette. Baptisé musée de la Vallée, l’édifice réunit les collections de deux anciens musées : le musée Chabrand (1890) et le musée de l’Hôtel de Ville de Barcelonnette (1931). Le musée de la Vallée, musée de France, appartient au réseau des musées des Alpes de Haute-Provence (04). Il conserve intact le décor de boiseries, les parquets en marqueterie et sa cage d’escalier en noyer. En 1992, Colette Dernis, petite fille d’Alexandre Reynaud fait don au musée du mobilier du salon-fumoir de la Sapinière (bureau, bibliothèque, garniture de cheminée, fauteuils). En 2004, Bernard Martel fait don d’un ensemble de vitraux Art Nouveau qui, restaurés par Claude Moine, trouveront leur place dans la baie du grand escalier.

Salle rose ©C.Gouron